La saison 2025-2026 s'achève sur une baisse nationale des licences de football, plus marquée chez les filles que chez les garçons, et plus forte encore dans les catégories les plus jeunes. Au même moment, l'aide publique qui solvabilisait une partie de ces inscriptions a été retirée aux 6-13 ans. Rien ne permet encore d'affirmer que les deux faits sont liés. C'est précisément le problème.
À neuf ans, le prix d'une licence de football n'est pas un montant voté en assemblée générale de club. C'est le résultat d'un système : le tarif fédéral et local, les aides auxquelles la famille peut prétendre, la date à laquelle les règles de ces aides sont publiées, et la capacité du club à accueillir effectivement l'enfant qui se présente. Or ce système produit aujourd'hui un paradoxe que le sport français ne sait pas résoudre : il compte ses licenciés avec précision, mais il ne compte ni ses renoncements, ni ses refus, ni ses mécanismes.
Ce que la réforme du Pass'Sport a réellement changé
Pour la saison 2025-2026, le décret du Pass'Sport a fixé l'aide à 70 euros, mais a réservé l'éligibilité fondée sur l'allocation de rentrée scolaire aux jeunes de 14 à 17 ans. Un enfant de neuf ans dont l'éligibilité aurait reposé uniquement sur l'ARS est donc sorti du dispositif, alors que les enfants bénéficiaires de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé sont demeurés éligibles dès six ans. Cette exception compte, parce qu'elle interdit le raccourci qui circule pourtant largement : non, tous les 6-13 ans n'ont pas été exclus. Mais l'essentiel de la tranche d'âge l'a été, et c'est sur cette population que porte la question de la rentrée.
La saison qui vient de s'achever présente parallèlement une diminution des licences, dont la mesure officielle reste incomplète. La FFF n'a pas encore publié son bilan national définitif. Le chiffre le plus avancé figure dans un procès-verbal de la Ligue Paris Île-de-France : au 4 mai 2026, après la fermeture de la saisie des licences, les tableaux présentés au comité faisaient état d'une baisse nationale de 2,4 % par rapport à la saison précédente — un recul de 5,8 % chez les licenciées féminines, contre 1,5 % chez les licenciés masculins. Le document qualifie ces effectifs de quasiment définitifs, mais ne joint pas le tableau fédéral qui en constitue l'origine. Autrement dit, le chiffre national le plus cité de la saison repose sur une source de seconde main.
Une baisse qui n'est ni uniforme, ni générale
Les données régionales déjà publiées montrent que ce recul ne se répartit pas uniformément entre les âges. En Auvergne-Rhône-Alpes, le nombre de pratiquantes est passé de 24 658 à 23 308, soit une baisse d'environ 5,5 %. Mais derrière cette moyenne, les licences U12-U13 féminines ont chuté de 12,80 % et celles du football d'animation féminin de 14,28 %, tandis que les U16-U18 progressaient de 2,16 % et que les Seniors F restaient presque stables, à −0,21 %. La baisse régionale ne décrit donc pas un mouvement d'ensemble : elle se concentre exactement là où l'aide publique a disparu.
Elle n'est pas non plus générale dans tous les territoires. Le District des Deux-Sèvres annonce 1 974 licences féminines dans son périmètre « Seniors et Loisirs », soit 150 de plus que la saison précédente. En Côte d'Azur, l'assemblée générale dénombre 2 801 licences féminines sur un total de 28 664, sans publier de pourcentage d'évolution. En Charente, la source officielle indique une baisse de 4,8 % et un recul voisin de 11 % dans le football d'animation féminin — tout en donnant deux totaux différents, 971 puis 974 licenciées, dans la même page. Cette contradiction, minime en valeur absolue, dit quelque chose de plus large : même les documents institutionnels ne permettent pas toujours de consolider une donnée fiable.
La corrélation n'est pas le mécanisme
C'est ici que le raisonnement doit ralentir, là où le débat public accélère. La concordance entre une tranche d'âge sortie du Pass'Sport et des catégories jeunes en fort recul constitue une question à examiner, pas une preuve. Pour trancher, il faudrait disposer du nombre de bénéficiaires du dispositif par âge et par sport, des évolutions comparables dans les familles qui n'étaient de toute façon pas éligibles, et des données sur les demandes de licence refusées ou restées en attente faute de place, d'éducateurs ou de créneaux. Aucun de ces éléments n'est publié. Le sport français se trouve donc dans la situation d'un marché qui observe une chute de la demande sans savoir si elle vient du prix, de l'offre ou de la démographie.
Car l'enjeu financier, lui, est documenté avec une précision que les effets sur la pratique n'ont pas. Selon la Cour des comptes, les crédits d'intervention exécutés au titre du Pass'Sport sont passés de 76,7 millions d'euros en 2024 à 35,5 millions en 2025, soit 41,2 millions de moins, dont 41,9 millions de baisse rattachés au recentrage du dispositif. Ce sont des montants exécutés, pas des annonces. L'État sait au million près ce que la réforme lui a fait économiser. Personne ne sait combien d'enfants elle a laissés au bord du terrain.
Le Gouvernement a annoncé en avril la réouverture du Pass'Sport aux 6-13 ans à la rentrée 2026. Au 5 août, le site officiel indiquait seulement que la campagne serait lancée prochainement, sans préciser ses bénéficiaires, son montant ni son calendrier. La réouverture existe donc comme engagement politique, pas encore comme règle opérationnelle opposable aux familles et aux clubs — qui votent pourtant leurs tarifs et ouvrent leurs inscriptions maintenant.
Ce qu'il faudrait publier pour piloter
Reste un contexte de plus long terme que la démographie impose. La France a enregistré 643 905 naissances en 2025, soit 2,3 % de moins qu'en 2024 et 24 % de moins qu'en 2010. Ce recul ne peut pas expliquer les variations d'une saison à l'autre chez les enfants aujourd'hui âgés de neuf ans, mais il signifie que les clubs devront durablement composer avec des générations moins nombreuses, en plus des variations de prix, d'aides et de capacité d'accueil. Autrement dit, chaque enfant qui renonce pèsera demain plus lourd qu'hier.
Trois données manquent aujourd'hui pour transformer le constat en pilotage : le bilan national définitif et ventilé de la FFF, la répartition des bénéficiaires du Pass'Sport par âge et par sport, et un décompte des demandes de licence refusées ou restées sans réponse. Aucune n'est hors de portée des institutions qui détiennent l'information. Leur absence n'est pas une fatalité statistique, c'est un choix de publication.
Tant que ces données manqueront, une baisse de licences décrira un résultat, jamais son mécanisme. Et un secteur qui ne connaît pas ses mécanismes ne pilote pas : il constate.










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